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Séminaire IISMM 2026-2027 « Autorité et culture politique en Iran qajar et dans l’Empire ottoman (ca. 1780-1920) » — de novembre 2026 à juin 2027 à l’IISMM – EHESS


Salle B3-18 à l’IISMM (EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris)
1 mardi par mois de 10 h à 12 h
de novembre 2026 à juin 2027

 

Responsables :
Charles Ganier
, Université Paris-Cité, CESSMA

Denis Hermann, CNRS HDR, CeRMI
Erdal Kaynar, MCF, Université de Strasbourg

 

La fin du XIXe siècle voit en Iran comme dans l’Empire ottoman se dessiner une recomposition de l’autorité et de la culture politique à l’aune de nombreux bouleversements, dont le plus important apparaît probablement la menace existentielle que fait peser sur ces États l’impérialisme européen et la projection de l’Europe sur les continents asiatique et africain. Néanmoins, le pouvoir ottoman comme la dynastie qajare sont parvenus à conserver leur indépendance formelle jusqu’au début du XXe siècle. En effet, le rétrécissement des ‘territoires bien gardés’ (mamalik-i mahrusa) sous leur autorité au cours de ce long XIXe siècle n’a pas abouti à un effondrement rapide de ces deux régimes politiques. Les deux pouvoirs, ottoman et qajar, ont su préserver une indépendance large au gré des rivalités entre les Grandes Puissances et des nouveaux pouvoirs régionaux qui s’exerçait sur des pans importants de leurs territoires, et souvent s’équilibrait – la convention anglo-russe de 1907, au sujet notamment de l’Iran, en est l’exemple même. Néanmoins, on constate que les défaites militaires ayant abouti à cette contraction du territoire constituent un véritable traumatisme pour ces deux sociétés et leurs pouvoirs respectifs, s’agissant notamment de la perte du Caucase par l’Iran face aux Russes au cours de deux guerres (1804-1813 et 1826-1828), ou de la catastrophe stratégique, pour l’Empire Ottoman, qu’est la guerre de 1877-1878.

Au cours de ce long XIXe siècle, l’Empire ottoman a perdu l’autorité militaire et politique sur d’immenses territoires, en particulier dans les Balkans, et s’est vu de plus en plus mis en cause dans son autorité impériale avec l’émergence de nouvelles formes de mobilisation politique. En Iran, c’est d’abord au nom de l’impérieuse nécessité de ne plus vivre de tels traumatismes que s’est reformulée la littérature politique et de miroir aux princes, et cela dès le début du XIXe siècle, productrice notamment d’un néo-absolutisme d’une extrême complexité intellectuelle et encore peu étudié, ainsi que de réflexions renouvelées sur la nécessaire pratique de la consultation (mashvirat) par le souverain.

Calendrier des séances

– 3 novembre 2026 : Denis Hermann (CNRS, CeRMI)
Souveraineté et autorité religieuse dans l’Iran qajar : une lecture des textes des oulémas

Cette séance propose une lecture de la pensée politique des oulémas dans l’Iran qajar à partir d’un corpus de traités et d’écrits politiques produits entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle. Elle s’intéressera à la manière dont ces auteurs pensent les relations entre souveraineté, justice, savoir religieux et ordre social, en prêtant une attention particulière aux catégories et aux raisonnements développés dans les textes eux-mêmes. Il s’agira notamment de comprendre comment les oulémas définissent les fonctions du souverain et les conditions d’un gouvernement juste, mais aussi la place qui revient aux autorités religieuses dans l’organisation de l’ordre politique.
Une attention particulière sera accordée à la littérature des conseils aux souverains (andarznāmeh), dont plusieurs textes de Sayyid Jaʿfar Kashfī (m. 1267/1851) constituent un exemple particulièrement significatif. Ces écrits développent une réflexion sur la souveraineté, la justice et le savoir politique, tout en inscrivant l’exercice du pouvoir dans un ordre social et religieux plus large. La figure du souverain comme ẓill Allāh y occupe une place centrale, mais elle ne suffit pas à définir à elle seule les rapports entre pouvoir monarchique et autorité religieuse. La séance examinera également la manière dont cette culture politique qajare s’inscrit dans des héritages plus anciens. Les écrits de Muḥammad Bāqir Sabzavārī (m. 1090/1679) permettent notamment d’observer la manière dont des références issues de la période safavide sont reprises, transmises et reformulées dans le contexte qajar. 
L’analyse conduira ainsi à interroger la possibilité de caractériser cet ordre politique comme une forme de structure dyarchique de l’autorité, dans laquelle pouvoir monarchique et autorité religieuse apparaissent à la fois distincts et interdépendants, au sein d’une société d’ordres. Les formulations de cette relation varient toutefois selon les auteurs et évoluent sensiblement au cours de la période qajare.

– 2 décembre 2026
– 5 janvier 2027
– 2 février 2027 : Christoph Werner de l’Université de Bamberg
Tribu et famille Donboli : l’autonomie locale sous les premiers Qajars, à partir de documents d’archives

L’établissement du pouvoir qadjar à l’échelle locale, au cours de la période de transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle et avant les guerres russo-persanes, reste encore insuffisamment étudié. En particulier, la concurrence exercée par d’autres acteurs tribaux, poursuivant leurs propres objectifs politiques, demeurait forte. Parmi ces centres locaux de pouvoir figuraient les Donboli, qui gouvernaient certaines parties de l’Azerbaïdjan occidental, notamment les régions de Khoy et d’Urmia.
Nous aborderons cette question à partir d’un contrat de vente récemment découvert, daté de 1210/1796, dans lequel interviennent d’éminents représentants des Donboli. Ce document permettra de soulever plusieurs questions relatives à la capacité d’action des acteurs locaux, aux formes de représentation institutionnelle et aux modalités de gouvernement à l’échelle locale.

– 2 mars 2027 : Anja Pistor-Hatam (Université de Kiel)
Heterodox Intellectuals as Preachers of the Constitutional Revolution

Malek ol-Motakallemin and Jamal od-Din Vaʿez were constitutional clerics and outstanding preachers and orators during the Constitutional Revolution. Without preachers like them, it would have been impossible to win over the hearts and minds of ordinary people to the constitutional movement. They had the talent and candour to accuse the Qajar government of despotism and injustice, to criticise corrupt clerics, and to explain the meaning of the rule of law, constitution, parliament, and the benefits of modern education to their growing audiences. Through their preaching, they bridged the gap between the clerical and lay intellectual elite and ordinary men and women. Being Shiite legal scholars, excellent preachers, and reciters of the “Elegies of the Martyrs”, Malek ol-Motakallemin and Sayyed Jamal od-Din Vaʿez were part of the Shiite clergy’s in-group. However, what set them apart from other clerics was their external identity attribution as ‘Babis’, that is ‘heretics,’ ‘unbelievers,’ and ‘apostates’. Thus, these heterodox intellectuals were often excluded both from the clergy and from the Shiite community as a whole. Yet, liberal-minded protagonists of the clerical and lay elites respected them for their outstanding abilities to mobilise the public, befriended them, and protected them against their enemies. Hence, Malek ol-Motakallemin and Sayyed Jamal od-Din Vaʿez became leaders of the Constitutional Revolution. Unfortunately, their skills as constitutionalist preachers, their authority and influence made them two of Mohammad ʿAli Shah’s (r. 1907–1909) most hated adversaries. Both were executed at the beginning of the Lesser Autocracy (1908–1909) in the Royal Gardens. In my paper, I will demonstrate that narrative sources offer sufficient evidence of how these two heterodox intellectuals engaged with Shiite religious leaders and governmental figures in secret societies and committees. Their biographies offer us a glimpse into these interpersonal relations, characterised primarily by respect, despite the ongoing slander and accusations.


– 20 avril 2027
– 4 mai 2027
– 1er juin 2027

Demande d’inscription
(écrire à <dnshermann[at]gmail.com>)

Chargé de diffusion scientifique
Chargé de diffusion scientifique

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Chargé de diffusion scientifique (22 septembre 2026). Séminaire IISMM 2026-2027 « Autorité et culture politique en Iran qajar et dans l’Empire ottoman (ca. 1780-1920) » — de novembre 2026 à juin 2027 à l’IISMM – EHESS. IISMM. Consulté le 12 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16tm3


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